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Avez-vous bien dit « Massimadi » ?

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Une manifestation culturelle « massimadi » programmée à Port-au-Prince faisait la une dans l’opinion publique haïtienne, depuis les paysans de la troisième section communale d’Aquin s’opposant à une telle manifestation jusqu’à l’ambassade des États-Unis d’Amérique appelant au respect des droits des lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels et intersexes (LGBTI), en passant par la décision d’interdire le festival par le commissaire du gouvernement, Jean Danton Léger, pour « atteinte aux mœurs et à l’ordre public ».

De retour chez moi à Weston en Floride, le vendredi 30 septembre 2016, je m’apprêtais à prendre un répit de ce tollé. Flash !Je tombe de Charybde en Scylla ! « Le président de la Cour suprême d’Alabama, Roy Moore, a été, ce même vendredi, suspendu de son poste pour avoir défié la Cour suprême des États-Unis sur le mariage homosexuel … »

En tant que gynécologue, j’ai traité au cours de ma carrière professionnelle des personnes transgenres. Le terme « transgenre » se réfère à tout individu- homosexuel, lesbienne, transsexuel,troisième sexe, intersexe – qui rejette en tout ou en partie son identité de genre assignée à sa naissance ou qui ne s’identifie pas aux règles des genres masculin et féminin.

Le transsexualisme (transgénérisme, transgendérisme, transgenre, variance de genre) a été enregistré depuis l’antiquité. En 1886, le psychiatre Richard Von Krafft-Ebing était le premier à décrire la non-conformité de ces variances de genre dans son livre, Psychopathia Sexualis. Dans les années 1970, certaines universités aux États-Unis, telles que Johns Hopkins et Stanford, avaient des cliniques d’identité de genre.L’estimation la plus précise de la prévalence du transsexualisme, 1 pour 2900 hommes et 1 pour 8 300 femmes, vient d’une étude rétrospective effectuée en 1995 en Nouvelle-Zélande, où les détenteurs de passeports, dépendant de leurs orientations sexuelles, pouvaient omettre d’y mentionner leur genre.

La discordance entre l’identité du genre et le sexe biologique qui souvent provoque chez les personnes transgenres beaucoup de détresse et de souffrance (dysphorie de genre) a une étiologie multifactorielle, telle que l’exposition intra-utérine aux hormones, les facteurs psychologiques de l’enfance, les différences anatomiques dans la structure du cerveau, l’activation du cerveau et les variations génétiques subtiles.

Par exemple, dans le cerveau humain, les différences liées au sexe se trouvent dans la région centrale du noyau de la strie terminale. Cette structure, quand elle est stimulée par les hormones masculines, est plus développée chez les hommes que chez les femmes. En plus, les cerveaux des cis-genres males (type d’identité de genre où le genre male ressenti par une personne correspond au genre male qui lui a été assigné à la naissance) avaient significativement plus de neurones de somatostatine dans le noyau de la strie terminale que dans les cerveaux de cis-genres femelles.

Néanmoins, il a été observé que la dimension de la strie terminale de l’homme-vers-femme transsexuel a la même dimension que chez les cis-genres femmes ainsi que le nombre des neurones somatostatine dans le cerveau de l’homme-vers-femme est statistiquement égal à celui des cis-genres femmes. Vice-versa, le nombre de neurones de la somatostatine d’un individu femme-vers-homme équivaut à celui des cis-genres hommes. De ce fait, on conjecture que ces variances sont les résultats de l’exposition aux androgènes (hormones masculines) dans le développement du cerveau pendant la grossesse. Ainsi, un manque d’exposition aux androgènes dans un fœtus de sexe masculin au moment critique du développement du cerveau entraînerait un homme-vers-femme transsexuel, et inversement, l’exposition aux androgènes dans un fœtus de sexe féminin se traduirait par le statut de femme-vers-homme.

En plus, l’examen du flux sanguin cérébral chez les individus femmes-vers-hommes par la tomographie assistée par ordinateur a montré une diminution significative du débit sanguin cérébral régional du côté gauche du cortex cingulaire antérieur et une augmentation significative du débit sanguin cérébral régional dans l’insula droit par rapport aux groupes témoins. On suppose que les changements régionaux de flux sanguin cérébral dans le cortex cingulaire antérieur et l’insula non seulement affectent les réseaux de neurones actifs dans le comportement sexuel humain mais aussi peuvent contribuer à une base biologique de la dysphorie de genre.

La prise en charge médicale des personnes transgenres nécessite une approche multidisciplinaire complexe qui comprend une connaissance de la modification des structures anatomiques, la sensibilité culturelle, un diagnostic précis, la psychothérapie ou le counseling, la thérapie hormonale, une expérience de vie réelle de l’individu dans le genre désiré, des interventions cosmétiques (par exemple, l’épilation de la barbe et autres poils non-désirés pour le patient homme-vers-femme) et, dans certains cas, le traitement de la voix et les interventions chirurgicales.

Dans les cas de patients hommes-vers-femmes, certaines interventions chirurgicales courantes comprennent l’augmentation mammaire, la chirurgie de féminisation du visage, le rasage de la trachée, la chirurgie génitale y compris l’orchidectomie (ablation chirurgicale des testicules), la pénectomie (l’ablation chirurgicale du pénis) et la clitoroplastie (réduction chirurgicale de la taille du pénis afin de simuler un clitoris).

Les interventions chirurgicales couramment recherchées par les patientes femmes-vers-hommes comprennent la mastectomie bilatérale (ablation des seins), la reconstruction de la poitrine, la salpingo-ovariectomie bilatérale, l’hystérectomie, la métaoidioplastie (séparation chirurgicale du clitoris des petites lèvres afin de le ramener à la position approximative de pénis), la phalloplastie (fabrication chirurgicale d’un pénis), la scrotoplastie (construction chirurgicale du scrotum), les implants testiculaires, la vaginectomie (l’ablation chirurgicale du vagin) et la liposuccion pour réduire la graisse dans les hanches, les cuisses et les fesses.

Des comorbidités sont habituelles parmi la population transgenre aux États-Unis: taux d’infection au VIH de 28%, plus de quatre fois la moyenne nationale – risque élevé pour les infections sexuellement transmissibles telles que la syphilis, la gonorrhée, la chlamydia, l’herpès et le virus du papillome humain – tabagisme, consommation de drogues et d’alcool et dépression – tentatives de suicide de 41% par rapport à 1,6% de la population générale – 11% des femmes se livrent à la prostitution contre 1% de la population générale – 717 meurtres documentés entre 1970 et 2012.

Beaucoup de transgenres craignent de contacter les prestataires de la santé lorsqu’ils sont malades et diffèrent leurs soins médicaux en raison de discrimination. La difficulté à trouver des professionnels de la santé empathiques et bien informés a entraîné une augmentation appréciable du coût de leurs soins médicaux, un marché pour les fournisseurs d’hormones illicites et des systèmes en réseau pour identifier les professionnels de la santé qui les acceptent ou les rejettent.

La difficulté pour les transgenres est qu’il existe une incompatibilité entre leur identité de genre et leur sexe de naissance. Beaucoup de transgenres tentent souvent de se conformer aux attentes de genre social de leur sexe de naissance. Certains individus hommes-vers-femmes se marient, ont une famille et mènent généralement une vie en conformité aux attentes de leur rôle masculin. Les individus femmes-vers-hommes peuvent dissimuler leur identité de genre en menant une vie de lesbiennes, ce qui rend la variance de genre parmi elles relativement invisible dans la société.

Une fois leur statut transgenre divulgué, ces individus peuvent confronter des défis graves :devenir des victimes de violence physique (26%) et psychologique (78.1 de%) – être agressés sexuellement (10%) – perdre leurs relations sentimentales – perdre leur emploi (26%) – subir de mauvais traitements, du harcèlement ou de la discrimination au travail (97%) – souffrir d’anxiété, de dépression et de sentiment de culpabilité – ruminer des idées suicidaires.Cependant, les effets positifs potentiels de mener une vie authentiquement désirée motivent beaucoup de transgenres à divulguer leur choix et intégrer dans leur vie quotidienne des comportements de genre mâle ou femelle différent de leur sexe de naissance.
Cet article est une récapitulation du cours de formation médicale continue sur les soins cliniques du patient transgenre. Ce cours est fortement recommandé aux prestataires de la santé pour parfaire leur compétence culturelle.

Aldy Castor, M.D., aldyc@att.net
President, Haitian Resource Development Foundation (HRDF);
Director, Emergency Medical Services for Haiti Medical Relief Mission, Association of Haitian Physicians Abroad.

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