Washington veut aider Haïti à redorer son blazon

Washington veut aider Haïti à redorer son blazon

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Le Nouvelliste | Publié le : mercredi 13 juin 2012
Roberson Alphonse
ralphonse@lenouvelliste.com
roberson_alphonse@yahoo.com

Washington souhaite la disparition de l’étiquette de gouvernement corrompu et inefficace qui colle à la peau d’Haïti depuis des années.

Pourtant, il y a quelques semaines un rapport du Département d’Etat classait Haïti parmi les pays où la corruption est chronique et endémique. L’annonce de cette volonté des Etats-Unis de se mouiller un peu plus pour aider les Haïtiens intervient à un moment où les ONG, des contractants privés -certains sous contrats avec la USAID- sont indexés pour moult raisons.

Washington s’achemine-t-elle vers un changement de paradigme dans sa coopération avec Haïti ? Il faut croire que oui. Cité par HPN, Thomas C. Adam, coordonnateur spécial de l’aide des Etats-Unis à Haïti, a annoncé quelques changements importants. « Washington souhaite faire disparaître l’étiquette de gouvernement corrompu et inefficace qui colle à la peau d’Haïti depuis des années », a-t-il confié à cette agence en ligne. « En ce sens, a poursuivi Adams, des experts américains aident des fonctionnaires haïtiens à réparer les mécanismes, à diminuer les délais, à faciliter la remise de permis, à rendre le pays plus attrayant pour les investisseurs”.

"Il a fallu 40 ans pour qu’Haïti, qui était relativement prospère, devienne le pays le plus pauvre de l’hémisphère », a aussi indiqué Thomas C. Adams, qui souligne que tout ne changera pas du jour au lendemain. « Ce ne sera donc pas rapide. Il faut à peu près 25 ans de croissance pour rebâtir ce pays", a fait remarquer Adams avant d’ajouter que "l’aide internationale ne suffit pas" pour le faire. "Si ce pays veut retrouver le chemin de la prospérité, il doit également rebâtir son économie », a plaidé Thomas C. Adams, tablant, comme le gouvernement haïtien, sur des investissements dans l’agriculture, le textile et le tourisme, des secteurs porteurs de développement économique, générateurs d’emplois.

Thomas C. Adams a effectué plusieurs voyages en Haïti et participé à plusieurs réunions de la CIRH. Son annonce de la volonté de Washington d’aider à faire disparaître l’étiquette de gouvernement corrompu et inefficace intervient quelques semaines après le rapport du Département d’Etat classant Haïti parmi les pays où la corruption est chronique et endémique.

Entre-temps, Frantz Alcéma de HPN n’a pas révélé si M. Thomas C. Adams s’est prononcé sur les critiques formulées contre les ONG ayant peu de choses à montrer malgré les milliards dépensés et sur les accusations de favoritisme pesant sur l’USAID.

28 mois après le séisme du 12 janvier 2010, les opérations de nombreuses ONG sont encore recouvertes d’une épaisse chape de plomb, a relevé le Centre pour le développement global basé à Washington, dans un rapport publié en mai dernier. Quelques grandes ONG internationales ont produit des rapports annuels et publié des informations financières avec des décalages. « Sur un échantillon de 196 ONG, seules huit ont publié des rapports d’activités», a révélé Disaster Accountability Project, cité par le Centre global pour le développement, qui croit que tous les acteurs doivent communiquer des informations sur leurs dépenses et les résultats obtenus.

D’autant qu’un peu plus de 3 milliards de dollars ont été alloués à des ONG pour des opérations humanitaires, de relèvement et de reconstruction d’Haïti après le séisme du 12 janvier 2010. L’USAID n’est pas parmi les bons élèves. Sur requête du Center for Economic and Policy Research, l’USAID a publié en avril 2012 les noms des entreprises haïtiennes traitées en parents pauvres. Seulement 1 %, soit 9, 45 millions sur 1 milliard de dollars ont été accordés à des firmes locales alors que l’Agence américaine de développement international (USAID) a consacré 75 % de cette enveloppe pour donner des contrats ayant fait des vagues à des contractants privés, à l’intérieur du Beltway, c’est-à-dire Washington DC, Maryland ou Virginia, selon le rapport du Centre global pour le développement.

Chemonic international Inc, Lakeshore Engineering Services Inc, Development Alternative Inc. PAE Gouvernement Services Inc.,  Management Services, Contingency Response Service LLC, Perini Management Services, SRI, CEEPCO Contracting LLC, American Institute… sont parmi les plus gros contractants privés recensés dans ce rapport sur l’utilisation des fonds, qui met en lumière les faiblesses de l’Etat haïtien, confronté à un problème : les donateurs sont peu enclins à décaisser.

L’aide octroyée au gouvernement haïtien est restée très faible, malgré les supports budgétaires. Deux ans après le séisme, les donateurs tardent à concrétiser les promesses faites en évoquant l’existence d’un système d’accointance, de passe-droit, de corruption du gouvernement haïtien.

 «Les capacités du gouvernement ne seront jamais renforcées si les donateurs continuent de contourner les institutions locales en faveur des ONG », a prévenu le rapport de CGD. Thomas C. Adams avait plus de 35 ans d’expérience au Département d’Etat quand il a été nommé coordonnateur de l’aide des Etats-Unis à Haïti en octobre 2010 sur fond de critique face à lenteur du décaissement des fonds promis par l’Oncle Sam.

Robert Alphonse.

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