Quand les ONG tournent le dos aux sans-abri

Quand les ONG tournent le dos aux sans-abri

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Le Nouvelliste - 11/11/11

Les ONG et certaines agences gouvernementales se retirent peu à peu des camps de sinistrés. Les sans-abri, en attendant un hypothétique relogement, sont condamnés à vivre dans la crasse et le dénuement.

La Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement (DINEPA) est la dernière à annoncer la fin de la distribution gratuite de l’eau dans 17 camps de sinistrés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Cette décision, qui prendra effet le 30 novembre 2011, est due à un manque de fonds. L’organisme étatique dit toutefois poursuivre notamment son programme d’alimentation en eau potable dans les quartiers.

Avant la DINEPA, d’autres organismes comme la Croix-Rouge haïtienne et l’Oxfam avaient déjà mis fin à leur programme de distribution d’eau gratuite dans les camps. « La Croix-Rouge haïtienne, soutenue par la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge (FICR) et la Croix-Rouge américaine, a finalisé un accord avec la Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement (DINEPA), pour passer l’assainissement et l’approvisionnement en eau aux autorités », lit-on dans un communiqué publié en juillet dernier. La Croix-Rouge approvisionnait, à elle-seule, quelque 54 camps en eau, atteignant environ 100 000 personnes.

Responsabiliser les sans-abri

L’Oxfam, avant de se retirer de la distribution gratuite de l’eau il y a quelques mois, avait pris le soin de transmettre aux comités des camps la responsabilité de gestion du précieux liquide. Si le processus marche plus ou moins bien dans certains camps, dans d’autres le bilan reste mitigé. La stratégie consiste à mettre des réservoirs gonflables ou citernes à la disposition du comité qui était chargé de revendre le dernier camion d’eau fournit gratuitement par l’ONG. « Le processus se déroule sans trop de difficultés », affirme Eugène, le président du comité du camp Jéricho situé à Rivière Froide. Les sans-abri, dit-il, acceptent de payer l’eau à cinq gourdes le récipient.

D’autres ONG comme l’ACF utilisent la même stratégie que l’Oxfam en laissant un camp. Au camp Tapis-Rouge à Croix-Desprez où s’entassent quelque 14 000 personnes, il constitue un casse-tête pour le comité de procéder à la vente de l’eau. « On est toujours en déficit », explique Lefèvre Préval, l’un des responsables du camp. Le Champ de Mars, qui accueille quelque 20 000 sinistrés du séisme, a cessé depuis un certain temps de recevoir les camions d’eau des ONG. L’hôtel Le Plaza situé dans l’air du Champ de Mars a ainsi décidé de venir en aide à la population en lui offrant de l’eau. Sinon, ce serait une catastrophe.

Le Parc communautaire natif natal situé à Santo 17 au nord de Port-au-Prince est transformé depuis le séisme de 2010 en un village de sinistrés. Le volet WASH (eau et assainissement) dans ce camp est pris en charge par l’Oxfam tandis que l’ONG Plan est responsable de l’éducation et de la santé. Trois kiosques y ont été construits par l’Oxfam. Un seul des kiosques, selon le responsable du camp, Mickerlange Clément, est fonctionnel. Pourtant, l’eau reste l’un des problèmes majeurs auxquels la population fait face. Contrairement aux autres camps, l’eau est disponible au camp Parc communautaire natif natal. Il suffit de la pomper.

Selon un rapport de la DINEPA publié en août 2011, la provision des services WASH (eau, assainissement et promotion d’hygiène) dans les sites d’hébergement temporaires est en état de détérioration rapide. « L’indicateur d’accès à l’eau potable est descendu de 48% en mars 2011 jusqu’à 7% en août à cause de la cessation de la distribution d’eau gratuite par camion-citerne entre mai et juin. La qualité de l’eau est aussi descendue de 14 points au cours du dernier mois », précise le rapport. L’enquête, selon la DINEPA, a été menée sur un total de 626 sites, correspondant à une population de 502 008 personnes.

Les sites, de plus en plus insalubres

L’insalubrité reste le problème commun à tous les camps de sinistrés. La situation dans la plupart des camps visités dans le cadre de ce travail est très préoccupante. Les toilettes, déjà en nombre insuffisant, sont mal entretenues. Personne n’est responsable d’assainir les sites. Les 14 000 occupants du camp Tapis-Rouge n’ont que six bouches de latrine à leur disposition. Les détritus sont jetés dans les parages des tentes faites souvent de bâches trouées et de tôles usagées. « Tout cela fait du camp Tapis-Rouge un terrain fertile pour le choléra et d’autres maladies », s’est désolé Lefèvre Préval.

Le Parc communautaire natif natal présente l’aspect d’un camp bien organisé. Les tentes ont été remplacées depuis mars 2010 par des maisons semi-permanentes faites en plywood et en tôle. Les 679 maisons de trois pièces construites par l’OIM sont découpées en deux et abritent deux familles chacune. Certaines familles prennent le soin d’orner leur abri de fleurs.

« Il n’y a que 60 latrines pour les 4 223 personnes recensées dans l’espace, a précisé Dubuisson Mariana, l’une des bénéficiaires des maisons de l’OIM. La plupart des toilettes sont pour l’instant hors service. Face à une telle situation, la plupart des gens font leurs besoins physiologiques dans les parages des maisons. Ce qui rend l’espace insalubre. »

Le camp Acra est l’un des plus vastes camps de la commune de Delmas. Ils sont plus de 20 000 personnes à vivre sur le site depuis le 12 janvier 2010. Au début, ils trouvaient l’appui de plusieurs ONG, dont le comité américain pour les réfugiés (ARC), l’Unicef et le Catholic relief service (CRS). Depuis un certain temps, les ONG se retirent l’une après l’autre. Pour l’instant, la principale préoccupation des milliers de déplacés est l’entretien des latrines qui sont déjà insuffisantes. « C’est l’ARC et le CRS qui nettoyaient les latrines, a rappelé un membre du comité du camp. Désormais, ils ne sont plus là, nous nous demandons qui va s’en occuper maintenant. »

Le rapport publié par la DINEPA en août dernier a bien confirmé la détérioration du volet assainissement dans les camps. « Les principales raisons sont le manque des services de vidange, le retrait progressif des agences humanitaires, le manque de fonds pour la réparation des infrastructures et le manque d’entretien des latrines », note le rapport.

Les ratios de personnes par latrine et douche fonctionnelle, poursuit le document, continuent à augmenter ; les latrines fonctionnelles sont en forte diminution et le nombre de celles non fonctionnelles a augmenté d’une façon très inquiétante, soit de 50% entre juin-juillet et août. Pour cause. La défécation à l’air libre est en augmentation aussi depuis le mois de mars avec des chiffres qui ont doublé pendant les quatre derniers mois.

1 017 latrines, pour la période couverte par le rapport, ont été recensées comme “abandonnées”, c’est-à-dire des toilettes non fonctionnelles et qui ne sont pas réparables, qui devraient donc être mises hors service (démontées définitivement). « Ces toilettes non utilisables, mais souvent pleines d’excreta, posent un risque de santé publique pour la population dans les camps et quartiers avoisinants », dénonce la DINEPA en guise de cri d’alarme.

L’insalubrité et la promiscuité dans les camps de sinistrés n’ont fait que compliquer les efforts pour combattre l’épidémie du choléra qui frappe le pays. Les camps de sinistrés restent un terrain fertile pour la propagation de la maladie.

Jean Pharès Jérôme
pjerome@lenouvelliste.com

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