ONG et les Etats – L’Express

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En Haïti, les ONG et les Etats ont confondu urgence et précipitation

Par Marie Simon, publié le 18/01/2010 - mis à jour le 18/01/2010

Près d’une semaine après le séisme, la colère monte en Haïti, alors que l’aide internationale peine à parvenir aux survivants. Une “lenteur largement prévisible”, selon François Grünewald, directeur général et scientifique du Groupe URD (Urgence Réhabilitation Développement), spécialiste de l’évaluation des actions humanitaires. Près d’une semaine après le séisme qui a dévasté Haïti, l’aide humanitaire se heurte à de nombreux obstacles logistiques. Au point que son efficacité est parfois mise en doute…

Encore une fois, les ONG et les Etats qui envoient de l’aide ont confondu urgence et précipitation. Ces acteurs ont foncé, tête baissée, sans penser à l’après, parfois sans même savoir à quoi ressemblait le terrain. Or, plus le théâtre d’intervention est détruit, plus il faut réfléchir à la stratégie à adopter. 

Le cauchemar logistique existait en Haïti bien avant le séisme 

L’aide arrive en Haïti: eau, nourriture ou abris de fortune arrivent même massivement… Et, malgré les dégâts, l’agence onusienne OCHA commence à coordonner les efforts et les Etats-Unis contrôlent le flux des avions dans l’aéroport. Mais le goulot d’étranglement se situe après: une grande partie des zones sinistrées reste impénétrable. 

Quelles réalités ont-elles négligées, par exemple ?

Port-au-Prince, notamment la zone où se trouvent le palais présidentiel et les ministères, c’est d’abord une petite plaine au bord de la mer. Puis très vite, le coteau s’élève à 45 degrés d’inclinaison, les bidonvilles s’imbriquent à flanc de colline, les routes zigzaguent entre les petites maisons. C’est très difficile d’y circuler en temps normal, alors imaginez lorsque toutes les constructions se sont effondrées. 

En images

Sur le site du Groupe URD, se trouvent des photos récentes de Port-au-Prince, illustrant les difficultés du terrain évoquées dans cette interview.

Le cauchemar logistique que l’on évoque aujourd’hui existait déjà en Haïti bien avant le séisme. Avec un peu de méthode, en quelques heures de diagnostic, on aurait pu gagner trois jours d’efficacité. Par exemple en envoyant d’avantage de petits hélicoptères susceptibles d’acheminer facilement l’aide au-dessus de ces bidonvilles.

De quelle méthode parlez-vous?

Elle repose sur trois piliers: le diagnostic des besoins, le diagnostic des contraintes et le diagnostic des capacités. S’ils sont négligés, l’aide d’urgence devient cacophonique et nuit à la gestion de la situation sur le long terme. Un exemple: à Banda Aceh, après le tsunami de 2004, on a construit des maisons sur le mode urgentiste. Mais on a négligé la question de l’eau, de son évacuation, et on a oublié de créer un jardin par maison, ce dont les habitants ont un besoin vital. Résultat: ces habitations sont abandonnées au fur et à mesure.

Les hauteurs de Port-au-Prince en ruines…

Quelles sont les erreurs que l’aide internationale doit éviter dans les semaines à venir?

Il ne faut pas qu’elle se concentre exclusivement sur Port-au-Prince. Après les ouragans de 2008, on a négligé ce qui s’était produit hors de Gonaïves: d’une part ces zones peuvent être aussi touchées, et d’autre part elles peuvent receler des capacités de résilience que l’aide internationale doit venir renforcer. Dans le cas présent, les gens commencent déjà à quitter la capitale, il faut absolument évaluer les capacités d’accueil du reste du pays et les aider, afin que ces mouvements ne se résument pas à un transfert de problèmes, que les rescapés puissent s’installer et cultiver un lopin de terre, par exemple!

Autre erreur à éviter: ne pas élaborer de stratégie pour “l’après” qui comprend bien sûr l’application de normes antisismiques, et ne pas évaluer l’aide déjà fournie, dès maintenant ou dans une dizaine de jours au plus tard. Nous nous tenons prêts, à l’URD: nous y étions il y a seulement trois semaines pour évaluer la réponse humanitaire apportée en 2008, nous sommes prêts à y retourner, les sacs et les cartes satellite sont prêts! Mais pour l’heure, nous recevons plus d’appels de journalistes que d’humanitaires ou de politiques…

L’Etat haïtien, qui a déjà du mal à se construire, risque-t-il d’être encore affaibli par ce séisme et, indirectement, par cette aide extérieure ?

Il faut ne faut pas agir en oubliant l’Etat et la diaspora haïtienne

C’est une autre erreur à ne surtout pas commettre: travailler hors l’Etat. Aussi faible soit-il, malgré ses ministères à terre, l’Etat haïtien a un rôle fondamental à jouer. Laisser de côté ceux qui restent reviendrait à délégitimiser encore un peu plus ce pauvre Etat. Il faut absolument impliquer des acteurs comme la Direction nationale de l’Eau potable et de l’Assanissement (Dinepa) sur place.

Il est un autre acteur qu’il ne faudra pas négliger: la diaspora. Haïti dépend beaucoup de cette diaspora, même si elle a été très touchée par la crise économique mondiale. Sa mobilisation est déjà magnifique. Mais ses membres peuvent tenter d’aider de façon dispersée, en envoyant de vieux vêtements qui n’auront pas forcément d’utilité pour le moment sur place. Les ONG ne doivent pas les rembarrer, mais au contraire les informer, les associer à l’effort collectif. Car Haïti peut construire une partie de sa résilience sur cette diaspora prête à se saigner pour l’aider.

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