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Haïti: « ONG, agences bilatérales de développement, Nations Unies, ont contribué à affaiblir l’Etat haïtien », selon Edmond Mulet

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Le Nouvelliste a rencontré entre deux avions le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Haïti, Edmond Mulet. Le diplomate guatémaltèque revenait d’une conférence tenue au Canada sur la situation en Haïti. Mulet, comme à son habitude, va là où on ne l’attend pas. Celui qui a stoppé net les velléités du président René Préval de rester au pouvoir jusqu’en mai 2011 – si les élections ne se tiennent- en rappelant que la constitution nous oblige à des élections le dernier dimanche de novembre alors que personne de la classe politique n’y tenait vraiment, a dénoncé la mainmise de l’internationale sur Haïti. Paradoxe, Mulet est le chef de la Minustah, cette force d’occupation qui ne dit pas son nom. Mais le cri n’est pas sans contrepartie : il faut que les Haïtiens travaillent ardemment à mettre en place un Etat de droit dans le pays. Tout un programme.

Le Nouvelliste: Vous dénoncez, selon un article du quotidien montréalais La Presse sous la plume de Jocelyn Coulon, la mainmise des ONG sur Haïti. Pouvez-vous expliciter votre point de vue pour Le Nouvelliste ? Quel serait, selon vous, le bon dosage entre ONG-organisations internationales-Etat haïtien pour permette que les choses avancent mieux? 

Edmond Mulet: Les ONG ont joué et jouent un rôle très important en Haïti, surtout dans les aspects humanitaires et d’urgence. Mais je crois que cette présence, ces efforts que font les ONG dans le pays, devraient être en ligne avec les priorités haïtiennes, et, dans l’aspect spécifique de la reconstruction, en ligne avec le Plan d’Action pour la Reconstruction.  Il y a beaucoup d’ONG très responsables et sérieuses qui sont inscrites dans le Registre du gouvernement et qui présentent régulièrement leurs rapports d’activités, mais la plupart ne le font pas. 
Aussi, je crois qu’il faut conserver un équilibre entre les actions d’urgence et les responsabilités que doivent assumer les institutions nationales. Nous tous, je veux dire les ONG, les agences bilatérales de développement, les Nations Unies, nous avons contribué à affaiblir l’Etat haïtien avec la mise en place d’institutions parallèles, et je crois que c’est le moment de changer. 
Il faut créer les conditions pour que l’Etat haïtien ait les outils nécessaires pour être indépendant de l’assistance internationale. Mais, pour arriver à cet objectif, il faudra travailler ardemment dans les aspects de l’Etat de droit en Haïti. Sans cela, il n’y aura ni reconstruction, ni développement, ni investissements, ni créations d’emplois, ni génération de richesses. Sans un Etat de droit en Haïti, tous les efforts que nous faisons tous, Haïtiens et communauté internationale, seront vains. 

L.N.: Bientôt neuf mois et l’ONU vient d’essuyer des critiques sévères de sa gestion des personnes déplacées qui vivent dans les camps par une ONG basée a Washington “Refugees International”. Il y a des choses qui vont changer, qui doivent changer dans les camps de refugiés?

E.M.: Comme commentaire préliminaire, je peux dire que le rapport de cette ONG contient des observations utiles, mais fait aussi des généralisations sans fondement. Je crois que ce n’est pas constructif de s’atteler à une certaine narration qui dit qu’il n’y a pas de progrès dans une Haïti violente. Il y a des milliers de travailleurs haïtiens et internationaux qui s’efforcent sans relâche dans les quartiers affectés par le séisme, qui font la distribution d’eau, qui vident les latrines, qui garantissent l’accès à des services médicaux, qui distribuent la nourriture aux enfants. 
La réponse à l’urgence n’est pas du tout “paralysée” comme l’affirme cette ONG. Nous sommes en train de préparer une réponse détaillée à leur rapport. 
Aussi, pour travailler de façon plus efficace sur le terrain, nous aurons une mission inter-agences de l’ONU qui viendra dans les prochains jours et elle aura l’occasion de rencontrer beaucoup de responsables qui travaillent dans les camps de déplacés pour connaitre leurs idées, pour faire mieux. Il y a toujours moyen de faire mieux, mais je peux vous assurer qu’on fait tout ce qu’on peut. 
Dans les aspects sécuritaires, il y a un mois nous avions une présence permanente de militaires et policiers UNPOL dans les six camps les plus importants, et maintenant nous sommes en permanence dans dix camps.
En plus, nous avons une présence régulière et nous réalisons des patrouilles dans plus de cinquante camps les plus grands. On doit recevoir du personnel additionnel durant les prochaines semaines qui sera destiné spécifiquement aux camps de déplacés. 

L.N.: En respect de la Constitution haïtienne, vous avez été le premier à parler d’élections le 28 novembre. Vous êtes satisfait du déroulement du processus ? Tout est prêt?

E.M.: Oui, je suis satisfait du fait que le peuple haïtien a choisi le respect de l’ordre constitutionnel. 
Honnêtement, j’avais très peur que la non réalisation d’élections puisse pousser le pays dans une nouvelle spirale d’incertitude, d’instabilité et vers une crise de gouvernance ou vers un gouvernement intérimaire ou provisoire. 
Nous savons que quand il y a des gouvernements intérimaires, la souveraineté nationale est réduite et l’ingérence internationale est accrue. 
Je crois fermement qu’Haïti doit continuer d’avancer sur le chemin de la souveraineté, et cela passe par les urnes et l’installation au pouvoir d’autorités légitimes. 
En plus, les analyses faites par des missions de l’ONU et de l’OEA (Organisation des Etats Américains), ont conclu que les élections étaient possibles dans les plans technique, logistique et sécuritaire. Tout est prêt, le calendrier électoral avance inexorablement. Maintenant c’est le tour des partis et des candidats de doter de substance cet exercice démocratique

L.N.: Est-il vrai que l’ONU souscrit au binôme stabilité-continuité du président René Préval?

E.M.: Non. L’ONU et moi-même comme Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, nous avons un mandat pour aider à la stabilité, point. 
Pour la continuité ou pas, c’est l’affaire des électeurs. C’est à eux de décider. 
La communauté internationale n’a pas de préférences électorales ou politiques en Haïti. La continuité ou l’alternance est un choix qui revient exclusivement aux Haïtiens. Je peux vous assurer que nous allons travailler avec et appuyer le prochain gouvernement, qu’il représente la continuité ou le changement.

Propos recueillis par Frantz Duval - duval@lenouvelliste.com 
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