Chronique : L’Etat doit retrouver son rôle en Haïti

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Par Christian Makarian, publié le 11/03/2010 - mis à jour le 11/03/2010

En voulant aider Haïti, trop d’ONG interviennent sur place et empêchent l’Etat de tenir son rôle.

Deux mois après le cataclysme qui a ravagé Haïti, le risque d’ensevelissement menace les consciences. Le malheur, même quand il est extrême et qu’il atteint une telle ampleur, ne déserte pas moins vite les mémoires.

Les images du séisme du Chili ont envahi à leur tour les écrans, avant que le désastre de Vendée et les larmes de ses victimes ne viennent bouleverser toute la France, prouvant que nos latitudes, réputées paisibles, ne sont en rien à l’abri d’une subite désolation. Résultat, un enchaînement de catastrophes, sans lien les unes avec les autres, qui a occupé l’espace public émotionnel, pour paraphraser Habermas, de manière continue

Au chevet d’Haïti, le monde entier s’est à vrai dire activé. Bien qu’il faille encore trois ans pour seulement déblayer les décombres, l’aide internationale a plus qu’afflué. Tant et si bien qu’elle ne peut être distribuée ni efficacement ni équitablement – schéma tristement classique.

En 1945, ce sont les Etats qui ont reconstruit le continent meurtri. Pas les institutions de charité.

Il y a sur place trop d’intervenants qui jouent chacun leur propre partition. Les ONG se marchant sur les pieds pour acheminer vivres et biens aux sinistrés, il faudrait un minimum de structures et de services publics, lesquels n’existent plus. Le budget national n’a plus que des dépenses et n’enregistre aucune recette. “Ce n’est pas une simple reconstruction qu’il faut entreprendre, mais une véritable refondation”, explique intelligemment l’ambassadeur de France, Didier Le Bret.

En 1945, ce sont les Etats qui ont reconstruit le continent meurtri. Pas les institutions de charité

C’est donc la deuxième phase de l’action humanitaire qu’il convient de mettre en oeuvre. Afin de réduire l’assistance et la dépendance d’un pays anéanti, il faut que l’aide soit distribuée et gérée en priorité par des entreprises ou des organismes haïtiens. Ce n’est qu’ainsi que le pays s’appropriera son redressement, développera sa propre croissance et cultivera le sentiment de son relèvement. Si l’ONU cherche à redorer son blason, elle tient là un contexte modèle; elle peut notablement épauler le gouvernement de Port-au-Prince pour l’aider à piloter l’action humanitaire et à cornaquer les ONG.

Un séisme comme celui du 12 janvier s’apparente à une destruction systématique causée par une guerre. La comparaison avec certaines régions d’Europe, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, n’est pas excessive. Or, en 1945, ce sont les Etats qui ont reconstruit le continent meurtri. Pas les institutions de charité.