Le drame d’Haïti : Aide humanitaire… ! Qui en bénéficie ?

Le drame d’Haïti : Aide humanitaire… ! Qui en bénéficie ?

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lundi 21 novembre 2011 - Par Promundia Medica
Document soumis à AlterPresse le 19 novembre 2011

Haïti, 12 janvier 2011. En 35 secondes la capitale est ensevelie sous des décombres. L’aide commence à arriver. Les secouristes aident à sortir les blessés de sous les décombres… Les médecins montent des tentes dans les rues…

Charité bien ordonnée commence par soi-même…

Mais déjà, au lendemain même du séisme, la bataille commence entre les organisations, divers groupes « humanitaires ». Les tensions se manifestent, en tout premier lieu, au niveau de l’Aide Bilatérale : qui occupe quoi pour en interdire l’accès aux autres (qu’importe que la population soit privée de ce qu’ils apportent)… campagnes de médiatisation aux dépens même du respect minimal dû a un être humain (en détresse, de surcroit)… Visites de chefs d’Etat, d’une matinée, voire d’une heure qui coûtent chacune plus que la construction d’un centre de santé ou de plantes de purification d’eau pour une bourgade entière.

Quelle superbe occasion se redorer le blason, faire oublier qu’on a des pauvres chez soi ou tout simplement de se faire admirer, d’enrichir son CV… On descend de voiture dans un camp de refugié pour 5 mn, une « photo-op » (ceci pour les plus audacieux) : on se penche sur un petit enfant noir, famélique et « sinistré », et le tour est joué… Il y a tant de caméras, superbe opportunité à ne pas rater !

Défilé incessant de « People » (dirigeants politiques, chefs d’Agences, artistes…) depuis ce mois de janvier 2010… Certains, comme Sean Penn, ce sont distingués en donnant le meilleur d’eux-mêmes. Certaines agences, au milieu du chaos, ont organisé les secours avec efficacité et sauvé de très nombreuses vies. On ne peut que regretter cependant que ces cas demeurent des exceptions. On peut même affirmer que plus de 6,000 Haïtiens ne seraient pas morts du cholera, épidémie inexistante dans le pays avant cette « invasion ».

Près de deux ans après, le paysage dévasté a peu changé. Il est nettement plus facile de jongler avec les statistiques que de construire des abris pour les refugiés ou même de nettoyer la ville des débris… Comment croire que la moitié des refugiés ont évacué les camps quand on voit quotidiennement les mêmes camps, aux mêmes endroits. Le plus grand et le plus dangereux camp de Port au Prince abrite encore 40,000 des 52,000 réfugiés qui y ont été recensés trois mois après le séisme (quand il convenait de gonfler les chiffres, d’ailleurs). Une partie des 12,000 qui auraient laissé ce camp, sont juste en face dans des petites boites de plywood 3m x 3m (dénommés « shelters » dans le jargon), installés par la Croix Rouge.

Inutile de se pencher sur la question du « développement » qui devait remplacer la « phase d’urgence » qui ne devait durer que six mois… Vide vertigineux.

L’invasion humanitaire

Les réunions pour aider les Haïtiens se font en Anglais… Les contrats sont donnés aux compagnies étrangères. L’aide est alloué aux organisations venues d’ailleurs… indépendamment de leur expérience…

Ce qui devait arriver arriva… ces compagnies étrangères, ces ONGs étrangères (toutes issues du « premier monde » reçoivent des fonds mais, ignorant tout du pays, font de la « sous-traitance ». Un professionnel haïtien qualifié (c’est lui qui conseille et exécute le travail d’ailleurs), sera payé US$2,000 alors qu’un gamin aux yeux bleus, ira de « cluster » en « cluster » où l’on est sensé coordonner l’aide (sans jamais y parvenir) pour un salaire trois fois plus élevé. Oui, oui. Le salaire d’un « international » est d’US $6,000, au départ.

Les membres du staff international de certaines agences, en Haïti au moment du séisme, ont reçu US$12,000 de dédommagement (même quand ils louent des appartements totalement meublés et donc, dans le pire des cas, on peu perdu) alors que leurs collègues haïtiens, même ceux qui ont perdu maisons ou parents, n’ont eu droit qu’à $2,500… Il est vrai que « charité bien ordonnée commence par soi-même ».

Comme on aime Haïti ! Comme on veut le bien d’Haïti ! Comme on aime collecter des fonds pour les petits haïtiens !

La journée on se promène en 4 x 4 climatisée… Il y en a partout… elles encombrent les rues… elles s’accumulent dans les cours des ONGs internationales. Le soir on dine… langouste de préférence, dans un resto chic.

Oh ! Ces Haïtiens ! Comment osent-ils critiquer ? Le monde entier s’est tout de même montré solidaire… Les principales ONGs internationales n’hésitent pas à dire qu’en deux mois ils avaient récolté les montants qu’ils s’étaient fixés. Certaines ont même précisé que jamais les caisses n’avaient été aussi pleines.

Pourtant, le 11 janvier 2011, premier anniversaire du séisme, la presse internationale revient sur la scène (« du crime »)… Les journalistes racontent la gabegie, l’inefficacité, le drame des refugiés encore sous les tentes, celui des femmes violées dans des camps sans lumière… A qui la faute ?

On tend cependant à rejeter le blâme sur le gouvernement haïtien… Bien sûr. Cependant, cette fois ce n’est pas très convainquant : la plus grande partie des fonds sont encore dans les coffres de ceux qui s’étaient engagés à les « donner ».

Les fonds décaissés sont-ils gérés par les Haïtiens (ONGs ou Gouvernement) ? NON ! Bill Clinton participe au même titre que le premier ministre Haïtien à la gestion des fonds, pour ne citer que cet exemple là. Selon des sources « bien informées » de nombreux contrats sont alloués à des organisations qui lui sont proches. Il dirige aussi une fondation dont le grand public ignore les projets … On ne l’accuse pourtant pas d’être corrompu…

On serait en droit de se demander pourquoi 80% des ONGs ayant géré des fonds humanitaires ont refusé de répondre au questionnaire que leur a soumis le Disaster Accountability Project (Projet sur la redevabilité lors de désastres), dans le but d’évaluer le niveau de transparence des ONGs.

D’autres ont déjà analysé les raisons socio-politico-economico-militaires de l’échec de cette “aide humanitaire” qui laisse si peu de traces en Haïti, petite moitié d’île d’à peine 27,750 Km2… Haïti est devenu un symbole, non de la réussite d’un nouveau Plan Marshall, mais plutôt du contraire. Que sont devenus nos repères moraux, où allons-nous ?

Laissons donc l’analyse macro aux spécialistes…

En Haïti, nous voyons avec nos yeux… nous sentons dans notre peau. On observe donc ce qu’on ne cherche même pas à nous cacher : les relations métropole-colonie se manifestent différemment selon les besoins ou les circonstances. Les « experts internationaux » nous dépensent une partie substantielle de leurs budgets en communication pour nous convaincre qu’ils sont en train de résoudre les problèmes du pays. « Des mots, encore des mots, toujours des mots… », chantait Dalida. Pourtant, la vérité saute aux yeux : notre pauvreté les rend riches.

Bien sur, on nous dit que nous sommes des ingrats.

Il était une fois une ONG…

Un exemple parmi tant d’autres illustre le cynisme de nos « sauveurs ».

Il était une fois, une ONG strasbourgeoise, petite mais connue en Haïti pour son efficacité et sa discrétion à la suite du séisme. Elle est vite remarquée par de grandes Associations et Clubs de Services qui cherchent à se positionner là où sont braqués les projecteurs du monde entier. L’une d’entre elles, le District Local 1680, propose d’appuyer financièrement le projet sur lequel travaille la petite ONG : un centre de santé communautaire dans une zone isolée d’Haïti.

La Petite ONG, Promundia Medica, n’attend pas la réception des fonds pour avancer sur ce projet qui lui tient à cœur. Elle se rend deux fois en Haïti pour finaliser les démarches pour la donation du terrain sur lequel s’érigera le centre et organiser des journées de santé. Parallèlement, les négociations se poursuivent et aboutissent à un protocole d’accord, signé en grande pompe. Suit une intense campagne médiatique au niveau des autres Districts pour lever des fonds. « Osons ! » proclame-t-on fièrement.

Pendant un an, on exigera de plus en plus d’informations à la petite ONG… sans jamais attribuer les fonds de contrepartie promis. Au bout de cette année, quand la somme initiale promise a été doublée, soudain, on annonce que la petite ONG n’est pas fiable… qu’on ne peut lui confier les fonds recueillis pour le centre de santé… Problème qui n’avait jamais été signalé pendant la période des grands diners, en tenue de soirée…

Le coup a déstabilisé la petite ONG qui s’est essoufflée. Cependant, elle continuera comme elle avait commencé : en comptant sur ses propres ressources et en revenant à son projet initial de construire un centre de santé rural. L’expérience n’a fait que confirmer à Promundia Medica et à ses médecins strasbourgeois, que leurs services sont nécessaires dans cette bourgade éloignée du Sud d’Haïti, là où il n’y a ni restaurants chics ni soirées en grande tenue.

Que sont devenus ces fonds recueillis au nom d’Haïti ? Ils ont peut-être servi à payer les activités réalisées pour les collecter… Cercle vicieux.

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