Le choléra s’installe, les ONG se retirent

Le choléra s’installe, les ONG se retirent

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Le Nouvelliste 15 novembre 2011

L’insalubrité dans les camps de sinistrés ajoutée à la fermeture de bon nombre de centres de traitement du choléra expose davantage la population haïtienne à la maladie. On risque de compter de plus en plus de victimes à chaque saison pluvieuse.

Les autorités haïtiennes, jusqu’à fin octobre dernier, avaient enregistré 473 649 cas de contamination du choléra notifiés à travers tout le pays. Selon des informations citées dans le dernier bulletin du cluster santé, le nombre de décès s’élevait à 6 331 contre 251 885 cas d’hospitalisation. L’épidémie continue, dans le silence, de faire des victimes au sein de la population haïtienne. 

« Alors que les récentes inondations ont provoqué une montée spectaculaire des cas de choléra dans plusieurs régions du pays, les centres de traitement de la maladie ferment peu à peu leurs portes pour manque de financement », se désole le cluster santé. Jusqu’au 14 octobre 2011, on recensait 29 Centres de traitement du choléra (CTC), 163 Unités de traitement du choléra (UTC) et 766 Centres de réhydratation orale (CRO) en fonctionnement dans le pays. Pourtant, en janvier dernier, le pays comptait 81 CTC et 156 UTC. 

Le manque de fonds est la principale raison avancée par les ONG pour se retirer de la lutte contre le choléra. « Alors que le financement à court terme pour la lutte contre le choléra touche à sa fin, certains des fonds à plus long terme ne sont pas encore disponibles, dénoncent les ONG membres du cluster santé. Ainsi, de plus en plus d’ONG se retirent de leur zone d’intervention en raison du manque de financement, ce qui posera de nouvelles menaces et restrictions en matière de réponse au choléra. »

Pourtant, le choléra continue d’être une épée de Damoclès sur la tête des Haïtiens, surtout les plus vulnérables. Lors de la récente saison pluvieuse ayant provoqué des inondations un peu partout dans le pays, on avait assisté à une montée spectaculaire des cas de choléra dans presque tous les départements géographiques du pays. 

Pour l’instant, une moyenne de 500 cas de choléra est enregistrée par jour avec des variations importantes entre les départements. « Ces différences, qui peuvent être réelles, sont parfois liées à une notification des cas sous-évaluée dans certaines communes ou au traitement d’autres maladies diarrhéiques semblables au choléra dans les établissements de santé », note le bulletin du cluster santé.

Découvert en Haïti en octobre 2010, le choléra, selon toutes les hypothèses, s’installe dans le pays pour de longues années. Haïti a été récemment présentée comme le pays le plus touché par le choléra à travers le monde. Avec ses 450 000 cas en une année, Haïti a même surclassé le Bengladesh, pays durement touché par la maladie, où l’on recense entre 100 000 à 300 000 personnes infectées par année.

Une simple visite dans les camps de sinistrés à Port-au-Prince autorise à penser que la population est effectivement exposée au choléra. Faute de financement, selon un rapport de la DINEPA, la vidange des toilettes et la fourniture des services WASH (Eau, assainissement et promotion d’hygiène) dans les sites d’hébergement temporaire sont en état de détérioration rapide.

Cette situation peut s’aggraver dans les prochains jours avec des ONG qui vont boucler leur programme d’ici la fin de l’année. Le retrait de La Croix-Rouge britannique (BRC) du département du Sud était fixé au 31 octobre. La Croix-Rouge haïtienne devait prendre le relais durant la première semaine de novembre. Et le financement de l’IMC pour soutenir les activités de lutte contre le choléra dans le Sud se terminera le 31 décembre 2011. Dans le département des Nippes, MDM-Belgique compte prolonger les activités liées à la lutte contre le choléra jusqu’au 31 décembre prochain. Dans le département du Nord-Est, Merlin a aussi étendu ses activités jusqu’à la fin de l’année. Intermon Oxfam a, pour sa part, annoncé la cessation de ses activités à Port-au-Prince, à Gressier, ainsi que dans les communes de Grand-Goâve et Petit-Goâve pour le 30 novembre. Si MSF-CH continue de travailler à Léogâne, elle a mis fin à ses activités dans le département du Nord.

Une pétition a été, la semaine écoulée, soumise à l’ONU exigeant justice et réparation pour les victimes du choléra. La maladie, selon plusieurs rapports d’experts indépendants, a été introduite dans le pays par des soldats népalais de la MINUSTAH.

Jean Pharès Jérôme

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