La République ONG d’Haïti de Kathie Klarreich et Linda Polman de ‘The...

La République ONG d’Haïti de Kathie Klarreich et Linda Polman de ‘The Nation’ par Isabelle Vasquez

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Le Nouvelliste | Publié le : 2012-11-19

Traduit d’un article de Kathie Klarreich et Linda Polman de ‘The Nation’ par Isabelle Vasquez

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L’enceinte en fer forgé du palais national au cœur de la capitale haïtienne a été recouverte récemment d’une toile verte. A l’intérieur, la structure qui y était érigée est réduite en cendre, finalement démolie après avoir été détruite après le tremblement de terre de 7.0 magnitude du 12 Janvier 2010. Le pire désastre naturel dans l’histoire de l’hémisphère ouest, le désastre a causé 200 000 morts en trente-cinq secondes.

Un drapeau bleu et rouge solitaire s’ébat dans la pile de décombres. Du côté ouest du palais, les salles qui contenaient les bureaux des ministères et le palais de Justice demeurent vides. Plus de 16 000 employés de la fonction publique ont péris durant le tremblement de terre. Maintenant, leurs bureaux sont occupés par de nouveaux employés dans des bureaux temporaires ou même dans des tentes. Il manque même à certains du matériel de travail, comme des téléphones et des ordinateurs, ainsi qu’une source d’électricité secondaire pour faire face auxcoupures d’électricité très fréquentés.

A quelques kilomètres du bas de la ville, se situe la Base Logistique ou Log Base, le centre d’affaires des Nations unies et leurs efforts de reconstruction. Ici, c’est un autre monde. A l’intérieur de l’immense bâtiment se trouvent des ‘trailers’ neufs, des voitures de golf et plus de toilettes publiques flambant neuf qu’on ne trouve n’importe où en Haïti. (Log Base n’a pas de microbes, ou choléra!) Des baquets de fleurs alignent les allées, et des humidifiants lancent des gouttelettes d’eau rafraîchissantes sur la terrasse d’un restaurant dont le menu offre des sushis, du riz au jasmin, des pommes de terres allemandes, du pain au fromage brésilien, du shawarma halal et de la crème à la glace Haagen-Dazs. Le dollar américain, et non la gourde haïtienne est la monnaie de base ici.

Peu de temps après le tremblement, Log Base est devenue le nerf central des efforts de reconstruction, le lieu où des organisations d’aide pouvaient coordonner leurs stratégies de reconstruction. Il y avait plus de 70 rencontres par semaine entre les organisations humanitaires et d’autres membres intéressés. Peu d’Haïtiens ont accès à l’intérieur des murs, pour ce, il faudrait des papiers d’identification et une invitation de quelqu’un à l’intérieur, ce dont disposent peu d’entre. Et lorsqu’ils l’ont, ils se rendent compte que les réunions se font en anglais et non en créole ou même français. Lorsqu’un comité de coordination des ONG a été élu en juillet 2010 à Log Base, 60 organisations internationales ont voté, mais vu qu’il n’y avait pas d’ONG locales, les Haïtiens n’étaient pas représentés.

Bienvenue à la République ONG d’Haïti, le fragile Etat né à la suite des efforts de reconstruction après le tremblement de terre. D’un côté se trouvent les milliers d’organisations d’aide qui viennent en Haïti avec la totalité du budget de l’aide internationale dans leurs comptes bancaires (plusieurs milliards au total) où ils ont construit un puissant Etat parallèle qui n’a de comptes à rendre à personne que leur contribuables et leurs patrons. De l’autre côté sont les représentants du peuple haïtien, des officiels élus, représentants d’organisations de la société civile, des hommes d’affaires, qui demeurent pauvres et délaissés par ces ONG venus à leur secours. Et entre les deux? Le peuple haïtien lui-même, pauvre, au chômage sans abris et pris aux grippes de ces efforts de reconstruction qui a souvent manqué de leur venir à l’aide.

La reconstruction devait se dérouler autrement. Lorsque les ONG sont arrivées après le tremblement de terre, des discours se laissaient entendre à propos du respect des besoins des Haïtiens tout en écoutant ce qu’ils avaient à emmener à la table. A la conférence internationale des donneurs, “Towards a new Future for Haïti” (Vers un nouvel avenir pour Haïti) le 31 mars 2010, 11 semaines après le séisme, 5.3 milliards USD ont été promis à la reconstruction d’Haïti sur une période de deux ans. Ils se sont aussi accordés de travailler avec le gouvernement haïtien de manière à suivre les principes d’aide efficace et humanitaire qui se servent des leçons acquise dans le passé”. Ils ont créé l’Interim Haitian Reconstruction Commission (IHRC), soit la commission intérim de reconstruction, connus aussi sous le nom de la Commission Clinton suivant le visage célèbre qui devait les aider à faire exactement cela.

Mais au fur et à mesure que rentrait l’argent, moins ce rêve d’un partenariat heureux semblait se matérialiser. Dès le début, les ONG ont suivi leur agenda et priorités personnels en ignorant le gouvernement et la société civile haïtienne. Dans la première ruée à l’aide, 1% des dons s’est retrouvé aux mains du gouvernement, et seulement 1.8% des fonds de reconstruction venant d’autres pays a été distribué à un budget approprié. Les ONG haïtiennes n’ont reçu que 0.4% de l’aide internationale. Près de deux tiers de ce qui reste – des milliards – demeurent dans les coffres des trésoriers des organisations qui s’y trouvaient avant le séisme: ONG internationales, la Banque Mondiale, l’ONU, la BID et d’autres firmes de constructions et consultations de l’Ouest.

L’argent qui a réussi à arriver aux haïtiens a financé des projets qui n’ont pas réussi à satisfaire les besoins des haïtiens. Le problème n’est pas que les fonds aient été gaspillés où même volés, bien que ce sont parfois le cas, mais plutôt que l’essentiel de l’aide n’a pas été dépensée en ce qui était le plus nécessaire en premier.

Considérons l’épidémie de choléra, qui a éclaté en 2010 et infecté près d’un demi-million d’haïtiens au cours d’un an. L’eau propre a toujours été une rareté dans ce pays, et cette rareté est précisément la raison pour laquelle l’épidémie s’est propagée aussi rapidement. Pourtant, de 175 millions requis par les Nations unies pour aider à ralentir l’épidémie, moins de la moitié a abouti. Pour leur part, plusieurs ONG (dont UNICEF, la Croix-Rouge anglaise et le William J Clinton Foundation) ont répondu à l’épidémie avec des campagnes visant à informer le public sur l’importance de l’hygiène – et ont ensuite relogés des Haïtiens dans des zones qui ne contenait ni des douches ni des lavabos pour se laver les mains. En août 2011, près d’une année après l’introduction du choléra, seulement 12% des tentes venant des ONG avaient des lavabos, une légère hausse des 8% notés en mars 2011. Et seulement 7% des camps avaient accès à l’eau propre d’après un recensement des Nations Unis, comparés à 48% en mars de l’année dernière. Des 12 000 latrines nécessaires, il n’y a que 4 579, soit 38% qui étaient fonctionnelles.

Vu l’étendue de la destruction du séisme, personne ne s’attendait à une reconstruction parfaite. Près de 1.5 millions de gens ont été laissé sans abris et près de 300000 bâtiments ont été détruits ou sévèrement affectés. Et le gouvernement d’Haïti, déjà faible et lacunaire, a été décimé. Le président à l’époque, René Préval, admet lui-même qu’il était paralysé durant les mois qui ont suivi la tragédie. Son successeur, Michel Martelly, a été élu plus pour sa popularité en temps que chanteur (ayant des liens profonds avec la dictature des Duvalier) que pour son plan de reconstruction.

Quand même, les efforts de reconstructions ont été tellement mal gérés qu’elles ont laissé le pays en pire état qu’avant. “Les milliards de dollars en aide ont contribué à marginaliser l’état haïtien, les organisation sociales haïtiennes et le commerce haïtien” indique Camille Chalmers, un économiste haïtien. “Ils n’ont pas bénéficié et n’étaient pas consultés à propos de la manière dont serait dépensé cet argent. Le gouvernement haïtien n’a reçu qu’un pourcent des fonds d’urgences” à peu près pareil que le gouvernement dominicain qui a à peine ressenti des secousses.

Afin de voir les dynamiques de l’Etat ONG au travail, pas besoin d’aller plus loin que Léogâne, une ville portuaire de 134 000 résidents qui se trouvent seulement à 12 000 de l’épicentre du séisme et 15 000 de la capitale. Léogâne a été détruite par le séisme. Des milliers de ses résidents sont morts, et Léogâne est rapidement devenu un centre d’activité d’ONG.

“Dans la République ONG, Léogâne est la Cité ONG” déclare Joseph Philippe, âgé de 33 ans, coordinateur technique du Comité Municipale de la Protection Civil de Léogâne.

Les volontaires qui ont déversés dans les rues de Léogâne avec leur véhicules tout terrain étaient souvent jeunes et idéalistes, avec une hâte de “reconstruire meilleur”, comme dit Bill Clinton. Mais la manière dont ces ONG voulaient reconstruire Haïti était souvent plus lié par les objectifs des donneurs plutôt que les besoins des “bénéficiaires” comme ils disent en termes ONG. Les gens de Léogâne avaient besoin de maisons sécurisés sur terrain sec, ils ont reçu de préférences des boites au milieu d’un terrain d’inondation.

Léogâne se situe à l’intersection de trois rivières, mais pas une seule des ONG n’était décidé de sécuriser les bancs de la rivière et de construire un système de drainage, d’après Philippe. Cela ne faisait pas partie de leur plans, cela n’était pas la raison pour laquelle ils avaient levé des fonds. Philippe confie que seul le Canadian Center for International Studies and Cooperation a aidé à renforcer les bancs de la rivière avec des rochers, réduisant les risques d’inondations de 15%. Ce qui n’ét pas suffisant.

“L’ironie” dit Philippe “c’est que tous les projets dans lesquels ces ONG versant leurs fonds seront détruits par les inondations a venir. Les ONG continueront à financer des projets dans des pays sous développés de manière sous développé».

L’abri est assurément le meilleur exemple de cette approche “sous développé” à l’aide. Le tremblement de terre a détruit 80 à 90% des immeubles de Léogâne, laissant des milliers de personnes sans abri. En réponse, des douzaines d’ONG impliqué dans la reconstruction de la ville – dont de grandes organisations comme CARE, Habitat for Humanity, La Croix-Rouge espagnole – ont promis de construire 28560 abris provisoires (Transitional shelter, ou T-shelter). Mais ces “T-shelters”, comme suggère le nom, sont des structures temporaires qui n’ont qu’une durée de deux ou trois ans, assez longtemps pour construire un pont entre aide urgence et un remplacement plus permanent.

“L’expression “T-shelter” est, à mon opinion, une manière d’éviter le sujet. Qu’est-ce que c’est… un logement temporaire? Ce n’est pas une bonne pratique. Abri transitionnel? Non. Abri temporaire? Pas vraiment. Appelons-les “T-shelter” dit Priscilla Phelps, l’une des auteurs de Safer Homes, Stronger Communities: A Handbook for Reconstructing After Natural Disasters qui a été compilé par la Banque mondiale peu de temps avant le séisme.

La plupart des “T-shelters” sont mal faites à la va-vite, alors elles se détériorent rapidement, le problème aussi c’est qu’elles sont construites pour une zone rurale et non pas urbaine. Comme l’explique Phelps “Cela veut dire qu’elles sont trop larges pour les terrains et faites de matériaux qui ne sont pas faciles à recycler ou raccommoder, elles ne sont pas faites pour l’environnement déjà précaire du pays et elles sont trop cher” elle estime que le coût de chacune est de $6000 à $10000 et non pas $2000 à $3000 comme disent les ONG “et elles ont été construites sur des emplacements où les occupants n’avaient pas de titres de propriétaires pour les terres”. Cette dernière faute, ajoute-elle rapidement, “revient entièrement au gouvernement”.

Les T-shelters sont construites avec des matériaux et formes différentes. Les meilleurs sont en bois avec une fenêtre, et de là, les standards baissent dramatiquement. Dans le cas de Samaritan’s Purse, un groupe évangélique mené par le révérend Franklin Graham qui a emmené Sarah Palin en Haïti en décembre 2010 pour présenter ses œuvres, leur plastique bleu sont minces, mieux battit pour étendre des vêtements plutôt qu’y loger une famille de cinq. Durant une visite récente, deux femmes et un bébé faisait passer le temps devant leur domicile Samaritan’s Purse parce qu’elles disent qu’il faisait trop chaud à l’intérieur. Des trous dans le plastique ont été raccommodés avec des morceaux de fer.

CHF International qui reçoit un fort pourcentage de leur budget de l’USAID est une autre ONG qui s’est lancé rapidement à la construction des T-shelters – dans le cas de CHF, des structures en forme de tentes ont été érigées en fer ou en bois, alignées des sacs de riz. Ils ont bâtit près de 1 700 à Léogâne. Mais ces T-shelters supposément parasismique et ouragan sont transparentes et se détériorent.

Lorsqu’on leur a posé la question à propos de la qualité des matériaux, un porte-parole de CHF a déclaré qu’il était “réellement désolé d’entendre que le plastique n’a pas duré aussi longtemps qu’il aurait dû”. Pour des projets futurs avec un objectif à plus long terme, CHF utilisera d’autres matériaux. Ces projets ne s’exécuteront pas en Haïti.

D’après un rapport de la Fédération international de la Croix-Rouge, la provision d’abris avait été calculée plus d’après les matières disponibles que ceux requis. Le rapport note que certaines agences ont préféré construire des T-shelters plutôt que réparer des maisons existantes ou payer des loyers parce que “ d’après leur expériences passées, la facilité de l’implantation, le contrôle du projet, et la visibilité”. La visibilité pour les donneurs était un point très important pour eux.

Assis dans son bureau, qui pourrait passer pour une salle d’entrepôt, Philippe explique que la différence entre l’aide offerte par les travailleurs et les besoins de la population était humiliante exécutées. “Nos priorités ne sont pas les mêmes que les leurs, mais les leurs sont exécutés. En théorie, les ONG apportent quelque chose mais pas ce dont la population a besoin”. Il le dit sans malice, mais sa résignation est évidente. “Nous n’avons d’autres choix que d’accepter ce qui nous a été donné. Ensuite, lorsque ça ne marche pas, l’Etat est blâmé, pas les ONG”. Lorsqu’on lui demande ce que les ONG ont laissé après, il rit. “Visiblement, pas grand-chose. Vous êtes journalistes, allez regarder”.

En effet, un exemple nous saute aux yeux avec la construction inachevée d’un immeuble à bureaux. D’après l’édile de la ville, une compagnie Hollandaise détenait le contrat de l’immeuble, mais les fonds ont été épuisés, elle est expatrié, Jusqu’à cet automne, le maire essayait encore de trouver le responsable de cet état de fait.

L’histoire d’Haïti est à la fois la narration de la reconstruction d’un pays après un désastre, et une étude d’un phénomène global plus étendu – une histoire qui servirait de caution aux douzaines des 48 nations classées par les Nations Unies comme Pays Moins Développés (PMD). Ces pays comptent plus de 880 millions de l’aide internationale, soit 12% de la population mondiale. Plusieurs d’entre eux dépendent d’aide international comme source de revenus principale. Sans cela, leurs gouvernements ne peuvent pas survivre.

Des critiques appellent ces PMD des “Républiques ONG” – des Etats ou des organisations nongouvernementales et des donneurs riches ont créé des Etats parallèles plus riches et plus puissants que le gouvernement où ils se trouvent. En final, ce sont les ONG qui décident de la manière dont ces gouvernements vont dépenser leurs fonds et diriger leurs pays, au prix de milliards de dollars par an.

En Haïti, comme plusieurs Républiques ONG, le niveau de l’aide varie au cours des ans mais il dépasse presque toujours le budget national du gouvernement. Entre 2005 et 2009, l’aide en Haïti fluctuait entre 113 et 119 % du revenu total disponible au gouvernement. Après le séisme, le flux d’aide humanitaire a fait largement augmenter – plus que quadrupler – le budget interne du gouvernement.

Le gouvernement haïtien n’est même pas au courant du nombre exact d’ONG fonctionnant dans le pays. Personne ne sait. D’après Bill Clinton, l’envoyé spécial des Nations Unies en Haïti, occupe la 2e place dans la liste (après l’Inde). Il cite une donnée de la Banque Mondiale qui estime à 10 000 ONG en Haïti en 2009, Jean-Max Bellerive, le ministre du Plan de l’époque, avait estimé qu’il y en avait 3 000. Le gouvernement haïtien dit aujourd’hui 560 bien qu’ils admettent que le nombre opérationnel ici est plus élevé.

Le tremblement de terre a fait déferler des hordes d’ONG sur Haïti, mais la vérité demeure que les ONG ont une forte présence depuis plus d’une vingtaine d’années, depuis les crises qui suivent le pays après la fin de la dictature père et fils des Duvalier en 1986. Le gouvernement américain, qui était l’un des premiers bénéficiaires du régime totalitaire de 29 ans des Duvalier, a poussé Haïti à baisser le prix des tarifs d’impôts sur l’importation du riz américain de 35% à seulement 3%. Le riz américain a envahi le marché haïtien, une fin pareille guettait le sucre, l’industrie du café n’a pas tardé.

Dès le milieu des années 90, le secteur agricole haïtien – dont 60 à 70% de la population dépend pour vivre – était dévasté. Les ONG se sont rapidement pointées à la “rescousse” de la population, évitant largement les gouvernements haïtiens, qu’ils ont déclarés trop faibles ou trop corrompus pour daigner travailler avec eux. D’après une étude de la Banque mondiale des années 90, “La plupart des donneurs… sont récalcitrant de [laisser les fonds passer par le gouvernement haïtien], de peur qu’il ne diminue implémentation efficace”.

Ces peurs n’étaient pas entièrement sans fonds de vérité. Le gouvernement haïtien a une histoire de faiblesse et corruption, une séquelle du temps colonial passé et du néolibéral présent. Depuis 1986, il y a eut plus d’une douzaine de chefs d’états, une poignée de coups d’états et de régimes militaires, et des interventions américaines. Les gouvernements semblaient perdre le pouvoir presqu’aussi facilement qu’ils l’avaient pris (spécialement ceux qui importunes leurs voisins du nord). En 2011, Haïti se plaçait en 175em position sur 183 pays sur l’index des la Transparence de la Perception International de Corruption.

Pourtant, face à un gouvernement jugé par certains comme ayant été trop décimé pour guider un plan de reconstruction effectif, la communauté internationale avait certainement d’autres choix que de l’ignorer entièrement. Au moins, elle aurait pu trouver des moyens d’engager le peuple haïtien en ce qui concerne son avenir.

“Les ONG auraient dû intégrer les Haïtiens dès le début des efforts humanitaires pour que la reconstruction appartienne plus aux Haïtiens lorsqu’elle a démarré” juge un analyste Haïtien, Jocelyn McCalla. “Ce qui en résultat, c’est une nation encore plus dépendant de charité international qu’elle ne l’était avant, accablés de leader qui ont l’instinct de mendier comme premier réflexe, même lorsqu’ils disent le contraire”.

Un ancien proverbe haïtien, constate – Sak vide pa kanpe – un sac vide ne peut se redresser. Et ceci est précisément le problème du gouvernement haïtien aujourd’hui. Des dizaines de milliers, des centaines de milliers de gens sont ici pour donner leur aide, mais elles occupent des postes qui devraient être remplis par les Haïtiens” a constaté Nigel Fisher, l’envoyé spécial de la Mission de stabilisation des Nations unis en Haïti. Son bureau, qui se trouve dans l’une des salles climatisées de Log Base, est meublé de chaises en cuirs bleus et des tables basses criblées de brochures. “C’est difficile de se plaindre des défaites de l’Etat d’Haïti si on ne le supporte pas plus. Pendant des années, nous n’avons pas beaucoup investi là-dessus”.

Les haïtiens ne sont pas restés muets face à cette exclusion, et un nombre grandissant commencent à penser que les volontaires sont des quasi-voleurs au mieux, ou des colonisateurs au pire. En décembre 2010, cette colère a fait irruption avec une lettre écrite par des membres d’IHRC aux chefs de commissions Bill Clinton et le ministre du Plan de l’époque, Jean-Max Bellerive. Dans cette lettre, ils se sont plains d’être “entièrement déconnecté des activités de IHRC” ainsi que le fait de n’avoir “pas le temps de lire, analyser, ou comprendre, encore moins répondre intelligemment, des projets proposés”. Leurs plaintes ont été ignorées.

Un porte-parole pour l’une des plus grandes organisations des Nations Unies du pays dresse un état des lieux. Lorsqu’on lui demande si le gouvernement haïtien lui a jamais dit où dépenser son budget, le porte-parole, qui parle sous couvert d’anonymat déclare: “Jamais. Ils ne sont pas en position de le faire, parce qu’ils sont dépendant financièrement. Récemment, il y avait une conférence de presse du gouvernement. Il n’y avait rien de “gouvernement” derrière; nous l’avons organisés et leur ont dit quoi dire”. Il rit doucement avant d’ajouter: “C’est vraiment plutôt triste”.

En ce qui a trait à la déclaration de la communauté d’aide faisant croire qu’elle joue un rôle secondaire et laisse le gouvernement haïtien prendre les rênes, il indique “C’est un mensonge. C’est tragique. Mais c’est un mensonge”.

En dépit des désappointements dans le procès de reconstruction, il y a aussi du succès, des cas où les ONG travaillent de concert avec des haïtiens et tiennent compte de leurs besoins autant que possible. Un exemple de ce type d’effort, est l’hôpital en construction par Partners in Health (PIH), une organisation qui s’exhorte à être exactement cela: un partenaire du gouvernement haïtien. Placée dans la ville de Mirebalais, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, l’hôpital est le plus grand projet de reconstruction dans le secteur de la santé. Il a été construit d’après les besoins du peuple. Lorsqu’il sera terminé, il aura 7 immeubles, 320 lits, une salle d’opération moderne, et même un bassin de poissons. Il formera des infirmières et des médecins. C’est hôpital public est l’un des rares du pays.

“Si nous l’avions fait être un hôpital privé, comme les autres ONG, nous aurions créé un système parallèle. Mais les services médicaux publics, c’est notre idéologie, dit David Walton, un médecin de 32 ans de Brigham à Women’s Hospital à Boston, qui partage son temps entre Haïti et les États-Unis. “Les responsables avec qui nous travaillons sont intelligents, coopérateurs et motivés” dit-il en constatant le progrès printemps dernier. “Et ils ont des idées. Mais personne ne les écoute. Peu d’ONG essayent de travailler avec le gouvernement. Personne à vous surveiller, à analyser vos comptes ou poser des questions. Mon travail pourrait aussi être plus simple de cette manière, mais alors a qui rendrais-je des comptes?”

Walton admet que bien que l’hôpital au gouvernement haïtien, il ne peut pas le faire marcher. “Les gens avec qui nous travaillons sont passionnés de leur travail et veulent faire ce qu’ils peuvent. Mais ils ne peuvent pas pour l’instant. Ils manquent de ressources humaines et financières pour faire le travail.” PIH prendra en charge l’hôpital au point de vue logistique et financier. « Dans dix ans, nous verrons où nous en sommes ».

PIH reconnaît que ce ne sera pas facile. Bien qu’ils aient assez d’argent pour employer des médecins et des infirmières, ils n’en ont pas encore embauchés plusieurs, pas par fautes applications (il y en a eu plus de 6 000) mais par manque de professionnels qualifiés. Ils se demandent s’ils ne pourront plus assumer cette responsabilité financière dans dix ans. Tout de même, ils ont un plan et un engagement de construire des institutions haïtiennes, contrairement à d’autres ONG qui sont occupés à diminuer leur projets plutôt que de les améliorer.

L’une des dernières insultes de toutes les Républiques ONG c’est que leurs donneurs décident non seulement où et comment l’argent sera dépensé, mais aussi la durée du besoin, ce qui se passe maintenant en Haïti. L’aide commence à se terminer. Bien que la communauté internationale a distribué un peu plus de la moitié des 5.3 milliards USD promis à Haïti, 52.3% dès la fin de septembre, il ne semble pas y avoir de plan pour faire une différence. Seule 52% des $300 millions de l’ONU et ses partenaires pour couvrir l’aide humanitaire en 2011 ont été déboursés. Les chiffres de cette année sont encore pires.

Au fur et à mesures que les dollars diminuent, les groupes d’aide tentent de diminuer leur engagement ou de s’en sortir d’une manière ou dune autre. Les ONG ont pratiquement cessé de distribuer l’eau aux camps, et elles ne réparent plus les toilettes portables. Par contre, une liste de tâches online, pour connaître les bonnes affaires, est utilisée par certains travailleurs pour tenter de se débarrasser de leurs effets personnels où appartement après qu’ils quittent leur poste. Une annonce du genre se trouvait dans la zone verdoyante de Pacot: $1850 par mois pour une maison à quatre chambres, doté de trois gardes de sécurités 24/24. Pour remettre cela en perspective, l’ONG qui emploie ces employés offre aux habitants des tentes, une allocation de relogement d’un seul paiement de $500, payée directement au propriétaire du bâtiment pour l’année de location. A l’absence d’une solution à la crise de l’abri, ceci est la meilleure solution de la communauté internationale.

“L’urgence est terminée, d’après les bailleurs”, fait savoir Valérie Amos du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies.

En réalité, l’urgence est loin d’être terminée. Près de 400 000 personnes vivent encore dans des tentes avec des chiens, des poules, des rats, des détritus et des toilettes débordantes. Des milliers d’autres se sont réfugiées dans des maisons sinistrées après le séisme ou d’autres structures forgées de morceaux de tentes.

Le Premier ministre haïtien, Laurent Lamothe, appelle à un nouveau partenariat avec les ONG qui “définirait une société à l’image de ce que désire le peuple haïtien”. Il souhaite aussi édicter de nouvelles lois qui permettraient un contrôle sur ce que font les ONG dans le pays.

Mais, jusqu’à ce que cela se produise, hôpitaux, écoles, autoroutes et institutions publiques demeureront aussi brisées et négligées que le palais national. Ce symbole de la souveraineté du pays a finalement été démoli, pas par le gouvernement, mais par l’ONG de Sean Penn.

Traduit d’un article de Kathie Klarreich et Linda Polman de ‘The Nation’ par Isabelle Vasquez

Les sources de cet article proviennent de Investigative Fund at the Nation Institute et le Puffin Foundation

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