Haïti: Le paradis des ONG

Haïti: Le paradis des ONG

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Frantz Duval - duval@lenouvelliste.com

Dans sa grande interview aux médias francophones (RFI, Le Monde, TV5), le président de la République, René Préval, a repris une antienne qui est devenue depuis le 12 janvier l’axe central de la politique de coopération avec les organisations non gouvernementales (ONG) et les organisations internationales (OI) pour les officiels haïtiens : elles ont beaucoup d’argent ; ce n’est pas notre argent, ne leur demandons pas de compte.

Cette façon de voir dédouane de nombreuses ONG et les OI du devoir d’informer sur leurs activités et absout le pouvoir et ses institutions de l’obligation de les contrôler.Situation compréhensible dans un pays sens dessus dessous, mais grosse de reproches qui ne redoreront pas le blason d’Haïti le jour de la reddition des comptes. Les opinions publiques à l’étranger risquent de se souvenir des milliards de dollars dilapidés en Haïti plus surement que de ceux qui les ont dispersés en projets obscurs.

Imaginez des milliards de dollars levés à l’évocation de la misère, de la pauvreté et des malheurs d’Haïti qui sont dépensés en toute liberté par des organisations qui n’ont de compte à rendre à personne. Ni à leurs généreux donateurs qui ne recevront, pour les plus curieux, qu’un beau rapport sur papier glacé avec de très belles photos, ni aux autorités haïtiennes qui passent leur tour comme aux dominos quand on a une mauvaise main. Ce n’est certes pas les bénéficiaires qui sauront s’ils en ont reçu assez pour l’argent déboursé en leur nom. Trop heureux d’être nourris, soignés, lavés, éduqués, protégés, entretenus, transportés, etc., grâce à la présence magique ou providentielle des ONG. Personne ne pose les questions qui fâchent. 
L’embryon de watch dog à l’haïtienne qui avait tenté de se faire connaître il y a quelques mois est resté dans son oeuf.

Il faut dire qu’ici chacun a son ONG, ses amitiés particulières qui le freinent et le convainquent de ne pas aller trop loin dans ses questionnements.  Le bonheur suprême en ces temps de manne ONGique est de trouver un emploi, une consultation, une entrée dans une ONG. De se mettre sous ses ailes puissantes. De voler grâce à elle. Une ONG, c’est le paradis sur terre pour ceux qui se casent.

Pour les expatriés aussi, travailler en Haïti est pur bonheur. « C’est énorme ! », s’est exclamé un employé d’une de ces structures invité à comparer la situation haïtienne à celle des autres contrées de mauvaise réputation. 
Les conditions de travail ne sont pas les pires au monde, et la réputation surfaite du pays fait bénéficier de primes, de primes de risque, de police d’assurance et de bonus comparable à un poste en Afghanistan ou en Irak. Les bombes et les talibans en moins. Et, cerise sur le gâteau, on est libre de se donner des objectifs ou de courir après des résultats que l’on se fixe tout seul. Le paradis.

Heureusement pour Haïti, il y a l’envie de changer les choses qui est le carburant qui pousse les ONG et leurs collaborateurs à choisir de venir ici. Et c’est à ce moment que leur travail prend tout son sens. Ils se donnent au-delà du raisonnable pour nous aider et nous permettre de redevenir, un jour, le paradis. A chacun de faire sa part car la porte est étroite. 
L’autocontrôle et le pilotage automatique nous y conduiront-ils ?

Frantz Duval.

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