Formation Continue II

Formation Continue II

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Formation continue et leçons tirées des expériences des projets de coopération dans le domaine juridique

Philippe Gustin
Directeur du Centre International de Lafayette
Représentant du Réseau pour l’Amérique

Alors comme Madame, ça fait trente ans que j’ai quitté mon pays la Belgique pour me rendre en Louisiane, et étant d’origine belge, comme les belges et les suisses parlent assez lentement, comme vous le savez, contrairement aux français, cinq minutes, ça ne me suffit absolument pas.

Donc je vais devoir vous demander de lire le texte que j’ai préparé et confié à notre ami Aldy Castor plutôt que d’essayer de lire devant vous aujourd’hui, alors je vais me contenter de faire quelques remarques que par rapport à ce qui a été dit aujourd’hui.

Je ne suis ni professeur de droit, ni avocat. Je suis directeur du Centre International de Lafayette en Louisiane et à ce titre j’ai souvent été sollicité par des ministères américains pour des missions à l’étranger telles que celle qu’on a mentionné cet après-midi. J’ai souvent remarqué aussi qu’elles étaient parfois vouées à l’échec avant même de commencer pour deux raisons. D’abord parce que la « demande » qui venait de l’étranger n’était pas souvent une demande très sincère et motivée et spontanée, c’était plutôt une demande qui cherchait à apaiser les représentants diplomatiques ou commerciaux américains qui se trouvaient dans ces pays et qui doivent eux-mêmes justifier leur présence et leur budget quantitativement par un certain nombre de programmes, de formations et de missions etc. et aussi parce que les gens que j’essayais de trouver en Louisiane où la spécificité est de parler français dans le sud de la Louisiane tout au moins, que ceux soient des avocats, des juges, des professeurs etc. n’étaient pas toujours très sensibilisés au fait que quand on va à l’étranger il est impératif de d’abord écouter, observer et au maximum suggérer et de ne jamais imposer.

Alors c’est très difficile, effectivement, de faire ce genre de mission surtout quand on doit essayer de réformer certaines choses en commençant par le haut. Ma petite expérience m’a appris que la plupart des tentatives de réformes qui partent du haut réussissent très rarement. Je suis convaincu aujourd’hui qu’il vaut mieux commencer par le bas, qu’il vaut mieux commencer, comme l’a dit m’on éminent confrère Jean Louis Testud de Suresnes par la coopération décentralisée comme on l’appelle en France.

Alors que la France brille par son centralisme, c’est amusant d’entendre les français nous inciter de faire des choses décentralisées. Mais c’est exact en réalité, non seulement parce que les projets étant plus petits il y a moins de tentation de corruption, il y a moins de gaspillage financier et les projets sont plus concrets, ont plus de souplesse et tendent d’avantage aux spécificités locales, aux besoins de la population qu’on essaye de servir etc. .

Ce que je voudrais vous dire surtout aujourd’hui c’est que la Louisiane se prépare à fêter son bicentenaire, comme l’a dit John Hernandez, et vous, préparez-vous à fêter le bicentenaire de votre indépendance.

Il y a tellement d’affinités, de similarités entre la Louisiane et Haïti qu’il est malheureux de voir à quel point nous sommes séparés et je salue aujourd’hui la présence des deux enseignants haïtiens qui sont en Louisiane dont l’un enseigne figurez-vous le créole à l’Université de la Nouvelle Orléans, je trouve cela admirable, c’est merveilleux, c’est un bon début et je leur demande de me laisser leurs coordonnés car il faudra qu’ils fassent partie du groupe de travail que nous allons essayer de mettre sur pieds pour travailler, collaborer avec la fondation que dirige Aldy Castor, et je les salue ici parce que ce qu’ils font est très important pour sensibiliser les louisianais et pour leur rappeler que nous avons finalement une histoire commune qui mérite d’être célébrée par des tas d’échanges de programmes de coopération ou de simples amitiés, de simples jumelages, dans les années qui viennent.

Et cela je crois que c’est important pour moi, pour la section francophone du barreau louisianais, pour la municipalité de Lafayette, pour l’Etat de Louisiane et j’espère que nous pourrons faire des choses très intéressantes ensembles. Et comme vous avez injustement coupé la parole tout à l’heure à Maître Latortue qui n’avait eu que quelques minutes pour parler, je voudrais rappeler quelques mots de ce qu’il a dit, quelques paroles qu’il a prononcé à Lafayette dans son discours l’année dernière : « Le système juridique d’Haïti et celui de l’Etat de Louisiane ont été établis sur un pied d’identité face à des contingences ethniques et religieuses similaires. Quelque soient les circonstances passagères dues aux conditions particulières d’exploitation d’une race par une autre qui ont pu troubler leur identité, ils sont demeurés très rapprochés et sont appelés à se rapprocher d’avantage dans le cadre du système interaméricain. »

Alors je vous remercie de ces belles paroles, et j’espère que nous allons nous inspirer de cela pour travailler ensemble dans les mois qui viennent. Travailler comment, entre villes d’abord, coopération décentralisée n’est-ce pas ville de Lafayette, ville que vous allez nous suggérer, nous proposer en Haïti, et les autres villes soeurs de Lafayette, en France, en Belgique, Mon Teno Canada, nous souhaitions tellement la présence aujourd’hui des personnes qui travaillent pour le Centre de la Common Law, en français à l’Université de Moncton, et malheureusement comme la plupart des professeurs ils sont en période d’examens en ce moment même ils n’ont pas peu venir mais je crois que dans toutes ces villes qui pratiquent le droit civil et Moncton qui pratique la Common Law en français il y a des choses intéressantes à faire.

D’autant plus que, comme l’a dit un autre Maitre Latortue tout à l’heure, je pense, il ne s’agit pas d’essayer de garder le droit civil tel qu’il est ou l’était à son origine mais comme tous les codes, il a du évoluer, il a évoluer chez nous et des passerelles ont été établies entre le droit civil et la Common Law et je crois que dans ce cadre nous pouvons faire des choses intéressantes ensemble.

Et puis alors, très rapidement, le réseau Sésame que nous avons institué il y a quelques années, réseau de quatorze villes moyennes de part le monde, et qui est vraiment à votre disposition. Vous avez vous les haïtiens, un naturel, un potentiel naturel pour le mondialisme, pour les affaires internationales. Un tiers des haïtiens vivent à l’étranger, vous l’avez dit, et occupent des postes stratégiques, non seulement dans leur pays mais en France, en Belgique, aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, dans le monde entier. Donc je crois que vous devriez également travailler avec un réseau international tel que le réseau de villes moyennes qui s’appelle le réseau Sésame et qui se réunira cette année du 18 au 21 mai prochain dans la ville de Syracuse dans l’état de New york. Donc je vous invite, envoyez quelques représentants et nous serons très heureux de vous sponsoriser, de vous inviter à titre d’observateurs dans cette réunion.

Deux objectifs très rapidement pour ce réseau, échanges institutionnels, car nous devons nous toujours travailler au développement et à l’amélioration de nos institutions locales et régionales surtout et nous n’avons de leçons à donner à personne en matière de démocratie et de corruption. Nos amis anglophones du Nord de la Louisiane, qui peut-être par manque d’imagination ne sont pas très créatifs en matière de corruption, nous reprochent souvent à nous au Sud de la Louisiane, d’avoir un certain penchant pour la corruption et ils nous disent que c’est le résultat de notre patrimoine francophone. Et bien nous avons fait des progrès dans ce sens là parce que nous venons d’envoyer à la prison, au pénitencier un ancien gouverneur de l’état de Louisiane, vingt ans après le début des poursuites judiciaires, vingt ans il aura fallu et un ancien secrétaire d’état a l’agriculture est sur le point d’y entrer également. Vous voyez que cela prend du temps, c’est une affaire de plusieurs générations et il en reste encore pas mal chez nous de corruption mais on fait des progrès dans tous les domaines et notamment dans ce domaine là.

Mais je voudrais terminer en disant que le salut à mon avis du peuple haïtien passe non seulement par ses institutions, la qualité des ses institutions démocratiques au niveau local, régional et national mais aussi par le développement local, par le développement des petites et moyennes entreprises et des institutions locales. Un petit exemple pour terminer, que nous avons essayé de réaliser, en train de réaliser avec la fondation qui travaille à Fond Droit Haïti, c’est un programme de micro prêts. Une micro banque qui permet par exemple à la maman qui autrefois allait au marcher acheter des légumes et des fruits et qui revenait pour les vendre chez elle et qui faisait une marge bénéficiaire minime de 5 à 10 % pour pouvoir mettre quelque chose sur la table le soir pour ses enfants, et bien là elle a accès maintenant après un certain nombre de petits cycles de formation d’abord à un prêt de 500 dollars qui lui permet d’aller acheter des graines, de les planter, d’attendre et de donner à manger à ses enfants, d’attendre qu’elle puisse avoir récolter ses fruits et ses légumes et de les vendre ensuite sur le marcher local et puis à partir de là on a une boulangerie, on a un petit marcher, on a des petits commerces qui se créent. Donc il faut commencer par le développement local en le milieux semi urbain je dirais, ville moyenne et surtout en milieu rural.

Je vous remercie de m’avoir invité à cette réunion, j’espère que la prochaine fois ce sera en Haïti, Miami c’est pas mal, comme disent nos amis latinos américains, l’avantage de Miami c’est d’être situé si prêt des Etats-Unis.

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The Haitian Resource Development Foundation prioritizes programs that enable and empower various Haitian locales to further personal and collective independence. Engaging in a range of programs over 20 years, the HRDF continues a commitment to providing measurable results for program beneficiaries and program benefactors. Working with multiple international partners from North America and Europe, the HRDF is committed to fundamental improvements in Haitian villages to ensure greater economic vitality in the near future.