Enseignement de Base (fr)

Enseignement de Base (fr)

SHARE

Enseignement de base et leçons tirées des expériences de projets de coopération dans le domaine judiciaire.

Maître Gérard Gourgue
Conseiller juridique de la HRDF

Nous sommes à l’aspect pratique de ce forum là, l’aspect concret et peut-être constructif. Il s’agit de dire de façon claire et précise, de faire état des expériences personnelles en ce qui concerne cette question de la justice, de la réforme judiciaire, en ce qui concerne chacun de nous.

En quoi consiste ce groupe du travail, c’est de dire, d’exposer chacun de nous ce qu’on a fait, ce qu’on a vécu dans ce domaine là, les leçons qu’on en a tiré et permettre à chacun de vous aussi de poser des questions pour être renseigner sur les activités de ce genre. En ce qui me concerne, il est désagréable de parler de soi, n’est ce pas, le moi disait l’autre est très haïssable, et le moi haïtien en particulier est détestable. Gérard Gourgue, 1948, nous avons prêté serment, ‘48 hein, je donne déjà mon age, presque hein ça fait plus qu’un demi siècle. J’ai connu un climat à l’époque, c’était Estimé, on me demande de parler cinq minutes comment voulez-vous ? (Rire) J’ai connu un climat politique certainement au moment où j’ai prêté serment avec un bachelier, Maître Edgar Fanfan. J’ai connu un climat judiciaire qui était respirable, j’ai connu des juges qui étaient des juges de carrière qui touchaient à l’époque combien ? Cent vingt dollars à l’époque, six cent gourdes dans cette petite ville de Port-au-Prince, sept cent gourdes. C’était beaucoup, plus ou moins, on pouvait avoir une maison sur la devanture et non derrière, quinze dollars. (Rire) J’ai connu des personnalités qui étaient juges et qu’on osait aborder sur des questions de moralités. J’ai vécu, j’ai fait mon stage dans ce climat la avec Edgar Fanfan, nous avons eu des avocats, des dîners remarquables. Et le problème, je dirais, étant moi même criminologue, versé dans l’étude criminologique, ayant étudié moi même à Paris, le problème, j’ai voulu me spécialiser en matière pénitencier, dans le domaine de la science pénitencier, la science des crimes forts. Bien sur, revenu de France avec tout ce qu’il y a comme connaissance sur cet aspect de la prison, le caractère de la réhabilitation du prisonnier, le service social des prisons, la réinsertion sociale, des grands mots n’est-ce pas. Et puis j’ai été une fois au pénitencier national bien sur, j’ai rencontré un homme, un militaire remarquable, que je considère comme l’un des fleurons de cette force Armée d’Haïti dont on dit tant de mal. Et pourtant qui a fait un certain bien aussi, il faut le reconnaître. J’ai connu le major Bazelais, Max Bazelais, un officier remarquable, qui était commandant de la prison. Je lui dit bon, Monsieur le Commandant je viens ceci, je suis cela, qu’est-ce que je pourrais faire etc. Il me dit “Mon cher l’ami, écoutez, je suis un peu au courant des méthodes modernes, de l’éducation des délinquants. Vous savez j’ai adressé, il y a peut-être six mois de cela, un rapport, une demande à l’état major, pour leur donner ce qu’il fallait comme habillement. » Vous savez qu’autre fois nos prisonniers portaient un habit spécial bariolé de bleu pour les cas ordinaires et de sang pour les crimes de sang. Rouge, c’est ça, ils étaient vêtus. Ils sont Presque nus et ils étaient quelque deux cent cinquante, trios cents. Ils m’ont envoyés quand même quelque chose, quelque vêtements, quelque tissues dont j’ai pu faire quelques costumes. C’est ce que j’ai demandé. Au point de vue social, la question n’est pas encore la. Nous sommes des militaires, nous autres. Lorsqu’un militaire haïtien vous dit qu’il est militaire il faut faire attention, mais courtoisement. Il me dit bon, Bazelais qui parle : « Six mois après, j’avais besoin d’autres choses. Il y avait des vêtements qu’il me fallait changer, j’ai écrit à l’Etat major. » A l’époque il y avait Alcide Duviela, qui était quartier maître, un gros potentat le groupe des Paul Magloire, les Duviela, j’ai demandé encore, j’ai fait une nouvelle réquisition, vous savez ce qu’ils m’ont dit, alors c’est Bazelais qui parle, en créole ‘’Bazelais, la prochaine fois, wa mande smokin pou prizonye yo” Voici quel était l’état d’esprit des gens en ce concerne cela. Mais néanmoins, nous pouvons dire qu’à l’époque, il y avait une certaine atmosphère de travail, il y avait des métiers au pénitencier national, des corps de métier. Et ce qu’on appelle le pécule en France, qui est la réserve, l’économie que gagne le prisonnier pour son travail, qui lui était remis a sa sortie. Il y avait des corps de métier cordonnerie, ébénisterie, tout et tout et tout et tout, tout s’apprenait. Par la suite, vous savez bien ce qui arrive, nous avons évolué sur la question, mais néanmoins, en ce qui concerne la justice elle même, elle n’avait point cette image de laideur qu’elle a actuellement, de marché, de laideur, cette sorte de plaie. J’ai connu un juge, je l’ai dit à Maître Charlmers, remarquable qui est mort de misère et de faim. Il s’appelait Dumas Pierre, il est venu du Cap. Il a été le professeur de Paul Magloire, au Lycée, à l’école des frères et Paul Magloire devenu président, pensant que c’était une affaire de nommer un juge à Port-au-Prince. Le type était chez lui avec quarante dollars, il pouvait vivre, on lui donne cent vint à Port-au-Prince, donc pratiquement, il va crever. Et Léon Pierre est mort de misère, comme vous le savez. Donc on a eu des magistrates honorables qui ont entendu beaucoup de critique sur la question de la corruption. Mais nous avons une carrière de magistrats que l’on n’osait approcher. Pour citer entre autre, le juge Vilgrain que vous connaissez bien, Leliot Vilgrain remarquable, de la cours de cassation. Etzer Vilaire disait déjà:”La justice ne vit pas de scandale, elle en meurt.” On a parlé de corruption, si nous remontons peut-être en 1904 au procès de la consolidation, qui a été présidé par un juge remarquable il s’appelait Aurelus Gaillard, celui qui a présidé le procès de la consolidation, où on a jugé tous les faussaires, les voleurs, tous ceux là qui ont commis des faux en écritures, des spéculations, sous le gouvernement de Tirésias Augustin Simon Sam. Tous les fonctionnaires. Les Profet Lifene, les Tancrède Auguste, Sainsinatus Leconte, Gérard Roi et tous ceux là. Certains d’entre eux sont devenus par la suite Président de la République, (Rire) bien sur. Apres le procès de la consolidation, il y a eu des directeurs de la banque qui étaient des étrangers Monsieur de Clibodene et Monsieur de la Mire qui étaient directeurs de banque associés à cette escroquerie qui s’appelait les Bonds Consolides. Comme nous avons l’escroquerie des coopératives. Qui fera l’objet un jour d’un jugement et de poursuite, bien sur. La justice est lente mais elle est sure.

Après le procès, Nord Alexis croyant bien faire, envoie un aide de camp chez Monsieur Gaillard, doyen qui a présidé le tribunal criminel de Port-au-Prince, en lui offrant une dizaine de pièces d’or, ce qu’on appelait à l’époque des pièces d’or, des carolus. Et l’aide de camp se présentant chez le magistrat lui dit, écoutez, de la part du Président, une gracieuseté pour vous, un certain cadeau, un quelque chose, et voici. Ecoutez, vous direz à Monsieur le président que je n’ai pas présidé le tribunal du ministère pour quelques ducats, pour quelque carolus. Voulez vous les rapporter à ce président là. Voici quelle était les magistrats qu’on avait, la trempe des magistrats qu’on avait et jusqu’à un certain temps moment à part Savin, Vincent, Borno, même sous l’occupation. Il y a deux choses que l’occupation américaine pendant dix-neuf ans, deux choses qu’il n’a pas osé, qu’il n’a pas mis la main dessus, c’est la justice et l’enseignement. Comment comprendre qu’après dix neuf ans le peuple haïtien ne soit pas en mesure de s’exprimer en anglais? Il n’a jamais imposé l’anglais même dans les écoles. On aurait du être déjà un peuple Anglophone, il n’a jamais osé poser la main même sur la justice. Deux choses qu’ils ont respectées. Alors, de nos jours justement nous voyons cette justice qui traîne. Depuis le temps de ce président, de mon président, de notre président. Le pauvre quand même, moralement pauvre. Je vois un président de la République prêter serment comme si il était redevable.

Alors ce sont ces problèmes de justice que nous voulons soulever. Quel est l’état actuel des choses ? Quelles leçons pouvons nous en tirer ? Quelle est la structure de nos magistrats ? Quelle est la force morale de nos magistrats ? Et quelles sont les garanties qu’un magistrat peut avoir lorsqu’il résiste à l’autoritarisme ? Il me semble qu’il manque une certaine solidarité même dans ce corps judiciaire. Magistrat Gassant nous le savons. La grande aventure du juge d’instruction Gassant, cette fameuse affaire. Fameuse affaire je l’ai dit déjà, je l’ai dit une fois déjà, il faut parler du défunt, c’était une grosse gueule quand même, on l’entend parler à la radio. Il s’est fourvoyé dans une sorte de râtelier dans lequel il n’avait pas sa place bien sur. J’ai dit que ce dossier Jean Dominique a cessé d’exister le jour même de l’assassinat de Jean Dominique. Ca fait deux ans. Le procès de la consolidation, où on a jugé tous les ministres de Tirésias, l’instruction a duré huit mois. Il y avait un homme remarquable qui s’appelait le Doyen Nau, juge d’instruction, Alexandre Pougeole, pendant huit mois ils ont fait l’instruction. Hors notre bonhomme là, pendant combine deux ans, qui a trop duré avec tout ce qu’on sait de barrière, de tendances jusqu’a ce que l’honorable magistrat soit obligé quand même de laisser le pays pour échapper aux malfrats, pour échapper aux assassins, aux sicaires du régime Lavalasse. Donc ce sont des problèmes qui se posent. Quelles sont vos expériences? La mienne, c’est que nous sommes devant ce qu’on appelle en Haïti une jussion, c’est-à-dire un crime de justice. La déesse justice n’est pas seulement sacrifiée. Après qu’on l’ait prostitué, maintenant elle est sacrifiée sur l’autel de la fin. Voici ma position en tant que telle sur cette question là.

L’avocat, le bâtonnier sait, les avocats qui sont tombés sur les balles assassines, les avocats remarquables. Ils sont nombreux depuis quatre cinq ans. Vous en avez parlé dans vos discours. Même l’avocat n’échappe pas aux tirs des assassins. Ce sont des problèmes qui se posent dans ce climat là. Jamais dans le passé on n’osait s’attaquer à un homme de l’ordre judiciaire. Tellement on respectait cet ordre là. On s’attaque à tout. On s’attaque même à un ministre etc. Donc il y a une sorte d’affaissement de la morale publique dans ce pays. Ce pays a besoin de regain de valeurs, de courage, de virtus civique. Avec une volonté comme disait l’autre, la volonté politique. On a parlé de constitution c’est très bien, mais ce sont les hommes, les gouvernements et les peuples qui font l’histoire. Les gouvernements et les peuples font la constitution mais c’est la loi, le respect de la loi qui fait la civilisation. Nous n’avons pas le respect de la loi dans ce pays donc il nous faut continuer à lutter pour la civilisation haïtienne.

Merci

SHARE
The Haitian Resource Development Foundation prioritizes programs that enable and empower various Haitian locales to further personal and collective independence. Engaging in a range of programs over 20 years, the HRDF continues a commitment to providing measurable results for program beneficiaries and program benefactors. Working with multiple international partners from North America and Europe, the HRDF is committed to fundamental improvements in Haitian villages to ensure greater economic vitality in the near future.